Pour aller plus loin

L'ampleur du gaspillage et de la précarité alimentaires : un niveau inacceptable !

Si la génération de l'immédiat après-guerre est associée à la lutte contre les gaspillages, les circuits courts et les produits sains, la génération suivante dite des "30 glorieuses" a fait de la production et de la consommation de masse les moteurs d'une croissance économique jamais égalée depuis.

Mais petit à petit, cet espoir d'un bonheur individuel et collectif guidé par la recherche du confort matériel a été percuté de plein fouet par la certitude que nous étions en train de précipiter notre monde dans une crise écologique, sanitaire et sociale sans précédent.

Le déni puis le scepticisme des débuts n'ont pas tenu longtemps face au travail des chercheurs de tout horizon.
Toutes les informations vont maintenant dans le même sens. Nous fonçons dans un mur en prenant à chaque minute de la vitesse. Et déjà beaucoup de ce qui est perdu (espèces animales et végétales) ne sera jamais retrouvé. Notre responsabilité est énorme et nous ne savons plus trop quoi faire de cette culpabilité diffuse qui nous habite. Le rapport complet de l'ONU sur la biodiversité qui compile toutes les études effectuées sur le sujet a conclu en mai 2019 qu'1 million d'espèces étaient menacées (sur les 8 millions existantes). Rapport de l'IPBES à lire ici.

Pour revenir à notre sujet du gaspillage alimentaire et de l'épuisement de nos ressources, peut-être que l'information la plus percutante a été d'apprendre qu'à partir de début août de chaque année notre belle planète devrait être laissée au repos pour se reconstituer. Ensuite nous vivons à crédit. Lire ici. Et cette date est même le 10 mai pour l'Union Européenne ! Lire ici.
Le lien entre épuisement des ressources et gaspillage est d'ailleurs maintenant dans tous les esprits. Le discours du Président de la République suite au rapport de l'IPBES en a d'ailleurs été la plus éclatante illustration. A lire ici.
La plus scandaleuse est de savoir qu'1/3 de la nourriture qui est produite dans le monde est jetée. Lire ici.
En France,  ce sont 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année soit 16 milliards d’euros. Chaque Français jette par an 29 kilos de nourriture, soit 1 repas par semaine. Et Paris on frise les 70 kg par personne et par an dont 20 % ne sont ni entamés ni périmés ! Voir l'infographie de l'Ademe ici.
Ce qui est aussi très intéressant c'est que l'on parle beaucoup du gaspillage lors de la production, distribution ou dans les grandes surfaces. Mais très peu du gaspillage des particuliers qui représente plus de la moitié du gaspillage alimentaire ce qui devrait nous inciter, à notre niveau, à participer à ce grand élan anti-gaspi.
Et la plus triste est de faire le lien avec la précarité alimentaire qui explose. Elle touche maintenant 20 % de Français soit 13 millions de personnes. Lire ici. Il est à noter que "seules" 4 à 5 millions de personnes bénéficient d'aides alimentaires (Banque Alimentaires, Épiceries sociales et Solidaires, Secours Populaires, Resto du Cœur...). Il reste donc beaucoup à faire pour que ceux qui ne bénéficient pas ou ne veulent pas bénéficier de ces soutiens puissent mieux manger.

Notre vision du progrès linéaire et partagé par tous s'est donc trouvée remise en cause par la prise en considération de paramètres globaux qui font une large place aux externalités positives et négatives, aux biens communs et, pour le dire plus directement, à l'intérêt général. Nous ne sommes pas très loin des positions des objecteurs de croissance qui proposent de déconstruire nos représentations (la croissance est bonne pour tous) et nos indicateurs de référence (le PIB ou le CAC 40 par exemple).
Nous devons aussi lutter contre la légitimation économique d'un égoïsme individuel et assumer le fait qu'il ne peut en aucune manière être bénéfique. Ces réflexions sont particulièrement bien développées dans le livre de Serge Latouche : "Comment réenchanter le monde" - Editions : Bibliothèque Rivages. 

Comme disait Mark Twain "Quand on a un marteau dans la tête, on a tendance à voir tous les problèmes sous la forme de clous". Ainsi tous les problèmes sont vus :
- comme économiques devant avoir une réponse...économique. La réponse au gaspillage doit donc être exclusivement recherchée dans le système de production, de transformation et de distribution alimentaires. Mais ce qu'il faut aussi commencer à déconstruire ce sont nos propres représentations et comportements.
- comme relevant d'organisations structurées dont la mission est de faire reculer les inégalités. On pense bien sûr à l'Etat et à ses différentes incarnations mais aussi aux grosses associations. Le citoyen se décharge alors de ses propres leviers d'action en estimant qu'il paye assez d'impôts pour que la situation change.
Cela promeut une vision de l'action solidaire qui reste centralisée et verticale. On fait des diagnostics, convoque des experts, met en place de lourds plans d'action et puis on constate que rien ne change alors on recommence. Chez HopHopFood nous sommes convaincus qu'il est temps de valoriser le "temps du citoyen". Nous considérons qu'avec les nouveaux outils, notamment digitaux, à disposition de chacun, il est possible de construire en complément de la verticalité étatique et associative (je prends, je transforme, je donne) une logique horizontale, agile et générant très peu de frais de structure, de gestion et de personnel. Cette approche s'appuie sur les notions de responsabilité individuelle, de confiance et estime que les ressources individuelles peuvent se révéler de fabuleux instruments de solidarité. Elle prône aussi une relative souplesse dans les rôles de chacun et redistribue les rapports donateurs/bénéficiaires pour proposer des actes qui incitent chacun à ne pas se percevoir et rester dans une position "d'assisté". Les frontières entre donateurs et bénéficiaires deviennent doublement poreuses. D'abord parce que les rôles peuvent s'intervertir rapidement en fonction de la situation personnelle de chacun. Ensuite parce que l'on peut inviter chacun à donner (un merci, rendre un service, se déplacer...) et à recevoir (un conseil, une compétence, une aide pour soi ou ses proches...).
Cette porosité a été clé dans la conception de notre plateforme digitale.

Si l'on revient à notre sujet de l'alimentation, il faut savoir que les particuliers, c'est à dire nous tous, sommes à l'origine de plus de 50 % du gaspillage alimentaire. Lire ici.
Il est donc évident que si nous faisons tous l'effort de partager les produits qui dorment dans nos placards et frigos, notre impact solidaire peut, très rapide, être immense. Nos calculs montrent que si 5 % des Français donnaient à leurs voisins 5 % de que qu'ils gaspillent, les quantités récupérées seraient équivalentes aux collectes annuelles de la Banque Alimentaire et des Resto du Coeur auprès des particuliers !

Et la volonté d'aider est là. L'enquête d'OpinionWay réalisée en 2014 pour la Fondation Carrefour et le Groupe SOS le montre bien. Les Français voudraient être plus généreux soit en donnant plus de produits alimentaires soit en en achetant pour d'autres (alimentation suspendue).
A lire ici. 

Enfin, avant de parler des réponses que HopHopFood se propose d'apporter, nous considérons que les dons entre particuliers peuvent, par leur simplicité et leur récurrence, créer du lien social et aider à rompre isolement et solitude.
On peut à ce titre prendre connaissance des résultats de l'enquête Ipsos 2019 pour le compte de la Fondation Monoprix. Sa conclusion est sans appel : le sentiment de solitude est en pleine explosion. Par exemple à la question "Il y a beaucoup de monde en ville, mais on peut facilement se sentir seul(e)", 93 % des Français sont d'accord.
Il est intéressant aussi de constater que la solitude est perçue comme touchant des populations particulières (personnes âgées, sans abri...) alors qu'en réalité elle concerne toutes les catégories de populations notamment les femmes et les jeunes.
Derrière la solitude extrême, la plus visible, provoquée par la misère sociale et la vulnérabilité (pauvreté, vieillesse), apparaît aujourd'hui une solitude de masse, un maladie du lien social. Sondage Fondation Monoprix Ipsos 2019 - Mieux comprendre la solitude

 

Notre réponse : proposer des solutions aux citoyens pour lutter contre le gaspillage et la précarité alimentaires

Si le gaspillage alimentaire a pu être considéré comme un des facteurs de notre développement, la prise de conscience de la catastrophe écologique, sociale et économique nous incite à trouver des solutions. Impossible de continuer à épuiser notre planète et à laisser tant de personnes en précarité.

C'est la raison pour laquelle, avec quelques amis et de nombreux bénévoles, nous avons décidé d'agir en proposant des actions  simples et gratuites de lutte anti gaspi et de solidarité citoyenne. Ces actions sont coordonnées par HopHopFood association à but non lucratif reconnue d'intérêt général par le Ministère des Finances (lire ici).

1er outil : Donner aux citoyens les moyens d'aider leurs voisins à mieux manger.

Nous avons développé et mis gratuitement à disposition des habitants de France comme de Belgique une plateforme de dons entre particuliers. Elle  est téléchargeable sur tous les smartphones et accessible par internet (lien ici).
Nous permettons aux citoyens de lutter facilement contre leur gaspillage et de faire des dons à leurs voisins. Il s'agit de dons sans contrepartie, désintéressés. Nous ne mettons jamais le donateur ou le collecteur en position de dépendance ou d'assistanat. Chacun fait sa part en mettant les produits à disposition ou en allant les chercher. Personne n'est en position de demandeur ni figé dans un rôle pré-établi.
Ce don nécessite aussi une rencontre et nous pensons que, même brève, elle peut favoriser le lien social, sujet qui dans les grandes villes est primordial. On peut à ce titre prendre connaissance du projet Paris Résilience qui explique, par exemple, qu'en cas de catastrophe la solidarité entre les habitants est un facteur déterminant pour en limiter l'impact. La solitude et l'isolement sont des situations qu'il faut aider à combattre (lire ici les résultats du Baromètre de la Fondation de France sur le sujet).

Les nouvelles technologies se démocratisent et nous savons qu'elles sont un formidable moyen de rapprocher ces populations qui d'un côté ont trop et/ou ne veulent pas gaspiller et de l'autre celles qui veulent mieux manger.
81 % des Français ont accès à un ordinateur et 75 % à un smart phone (+ 11 % entre 2016 et 2017) ce qui permet de dire que l'accès à ces technologies numériques se démocratise même si les capacités de chacun à bien les utiliser peuvent toujours être discutées (Lire ici le baromètre du numérique, réalisé par le CRÉDOC/2017). L'exclusion numérique est toujours une réalité ce qui nous a amené à développer, en parallèle de la plateforme digitale HopHopFood, un réseau de garde-mangers solidaires (voir plus loin).

Résultats : 20 000 téléchargements et environ 200 produits donnés par jour. Depuis l'été 2018, ce sont 22 000 produits qui ont été donnés et collectés soit l'équivalent de 30 000 repas.

2ème outil : Sensibiliser les citoyens.

Au moyen de collectes alimentaires régulières et d'interventions dans les médias comme dans diverses conférences (lire ici, sur notre page FB ou compte Twitter), nous sensibilisons les citoyens en leur expliquant que nos comportements et notre absence de solidarité locale sont facteurs de gaspillage et de précarité alimentaires.
Au delà des constats présentés ci-dessus et des solutions proposées (HopHopFood n'en étant qu'une parmi d'autres), nous pensons qu'il est aussi important de rappeler la valeur des aliments. La facilité d'achat, notamment dans les grandes villes ou les grands supermarchés, a fortement contribué à dévaloriser la valeur perçue par le consommateur. Or de la fourche à la fourchette, l'ensemble du processus de production, transformation, transport et distribution demande la mobilisation d'un grand nombre d'acteurs et de ressources. A l'image de ce qui se dit pour lutter contre la fast fashion, il est utile de rappeler la valeur de production des aliments pour lutter contre le gaspillage. Un petit film à voir ici  (qui met en avant la vie d'une fraise !) est à cet égard particulièrement inspirant.

Nous recherchons en permanence des personnes pour rejoindre notre équipe de bénévoles et participer à cette prise de conscience générale. Nous essayons de proposer à ces bénévoles des missions qui correspondent à leurs attentes et à leurs disponibilités. Elles vont donc de la participation à des des collectes ponctuelles, à l'adoption d'un garde-manger solidaire jusqu'à la prise en charge et autonome de sujets clés pour le développement de notre association. Cette approche à la carte nous apparaît comme la plus pertinente au regard des retours que nous avons de la part de nos bénévoles en cohérence avec la dernière étude sur le sujet de l'engagement publiée par France Bénévolat. A lire ici. 

3ème outil : Le premier réseau de garde-mangers solidaires

Pour faciliter les dons et collectes alimentaires entre citoyens, nous développons, par son ambition, le premier réseau de garde-mangers solidaires. Meubles recyclés, construits en partie par des personnes en insertion, nous les installons dans les villes françaises au sein de structures partenaires. Liste, horaires et caractéristiques sont à consulter sur notre plateforme digitale HopHopFood et notre notre site web.

Concrètement, ils peuvent être utilisés soit en complément de notre plateforme digitale (le donneur y laisse ses produits pour le collecteur) soit en toute indépendance.
Chacun de ces garde-mangers est toujours sous la surveillance bienveillante d'une structure d'accueil (en général une association très impliquée localement dans la solidarité citoyenne) et de deux "anges-gardiens" HopHopFood qui les ont adoptés et se sont engagés à en garantir la bonne  utilisation.

Résultats : Une quinzaine de garde-mangers en cours d'installation à Paris et à Bordeaux. Objectif : plusieurs centaines dans toutes les grandes villes françaises.

 

Nous avons le sentiment d'un vrai beau chemin parcouru depuis le lancement de notre application à l'été 2018. Nous constatons tous les jours l'intérêt que suscite notre démarche et sa pertinence à s'appuyer sur la solidarité citoyenne en complément des grandes structures et dispositifs existants.
Nous sommes aussi très humbles quant à notre contribution qui reste bien petite par rapport à l'ampleur des enjeux de lutte contre le gaspillage et la précarité. C'est ce qui nous pousse à vouloir imaginer et tester de nouvelles approches en vue d'atteindre rapidement une taille significative au moins dans les principales villes françaises. Les nombreuses structures qui nous soutiennent, les bénévoles qui nous rejoignent, l'intérêt que nous suscitons et le plaisir de contribuer à améliorer un peu la situation existante nous donnent la conviction que même si beaucoup reste à faire, notre engagement va dans le bon sens.

Il nous faut donc remercier tous nos partenaires financiers qui contribuent à permettre à notre démarche de rester gratuite. Ils sont à retrouver ici. 

Pour télécharger nos présentations et nos interventions.

Notre présentation générale en slides

Version longue - Version courte

Vidéo de Pauline Robert
responsable du développement d'HopHopFood
Bordeaux Métropole 2050

HopHopFood
a aussi été identifiée par de nombreuses institutions françaises et européennes comme
"Innovation sociale" : voir ici !

Signataire du 2ème Pacte National de Lutte contre le Gaspillage Alimentaire et acteur responsable et engagé auprès des pouvoirs publics, HopHopFood a participé activement au débat en ligne lors des Etats Généraux de l'Alimentation. HopHopFood a suivi activement les discussions autour de la nouvelle Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable adoptée en 2ème lecture à l'Assemblée Nationale le 8 octobre 2018. HopHopFood avait formulé des demandes pour introduire les dons alimentaires de particuliers (actuellement totalement passés sous silence) dans les mesures pour lutter contre la précarité et le gaspillage alimentaires, qui n'ont pas été retenues par le législateur.